30-05-2011 à 17:39
Dès sa création, la volonté d’Actes-Pro et de l’ensemble de ses adhérents a été d’inscrire les compagnies professionnelles dans les réflexions et les débats sur les politiques culturelles mises en place par les collectivités. Faire que l’expérience des acteurs de terrain que nous sommes, nourrisse et éclaire les décisions et les orientations des pouvoirs publics.
A ce titre, nous nous sommes impliqués, depuis 10 ans dans de nombreuses démarches de concertation et de co-construction mises en place par les collectivités (schémas d’aménagement culturel, comités d’experts, rencontres lors de l’élaboration des « règlements d’intervention financières », rendez-vous et échanges sur les mises en place, les contenus et les fonctionnement d’agences, d’établissements publics, de pôles culturels, de comités de développement, d’instances de concertation, etc…). Nous avons émis des alertes et des préconisations multiples.
A notre étonnement même, notre association a été de plus en plus sollicitée par les collectivités pour participer à des réunions de plus en plus multiples. Le terme de co-construction que nous avions inscrit lors de nos journées professionnelles de janvier 2010 fut repris avec intérêt, rapidité voire gourmandise par nos partenaires institutionnels et politiques.
La réforme des collectivités, les privant notamment de la taxe professionnelle ou d’une liberté fiscale, donc d’une partie de leurs ressources, était passée par là. Nous étions et sommes conscients des difficultés financières qu’elle a engendrées. A nos yeux, cette situation renforçait d’autant plus l’impérieuse nécessité d’une réflexion, avec les collectivités, sur les outils de création, de formation, de production, de diffusion et de mutualisation.
Pourtant quelle est la situation en ce mois de mai 2011 ?
- Une profonde sensation de la part de nos adhérents que la co-construction telle qu’elle est pratiquée par les collectivités est :
- Davantage un moyen de nous faire participer aux baisses de crédits annoncés que de réfléchir et infléchir ensemble sur les priorités ressenties, soulignées et constatées.
- Une solution pour faire valider et couvrir, par des regroupements sociaux-professionnels, des décisions déjà prises quand aux fonctionnements, financements et projets des structures et outils de gouvernance mis en place par les collectivités ou les cabinets de leur exécutif. Il en va d’ailleurs de même pour les différents comités de sélection.
- Une activité chronophage pour les acteurs culturels qui, après débats et bonnes intentions, voient dans leur quotidien de multiples décisions et dispositifs mettre en péril leurs capacités financières et artistiques.
- Un enlisement, un atermoiement dans des dossiers tels que :
. la transversalité des demandes d’aides sur les services aux populations (formation, social, enfance et petite enfance, Europe…)
. l’assiette subventionnable/conventions d’objectifs,
. la formation professionnelle,
. l’accompagnement des équipes émergentes,
. les critères de professionnalisation,
. les « sorties » des conventions de résidences,
. la place, la prise en compte et le financement des pratiques amateurs
. la structuration et le soutien de la diffusion
. la conquête des publics
Les secteurs de la culture, du social et de l’éducation sont particulièrement touchés, non seulement par des baisses drastiques de leurs moyens, mais aussi par un abandon (ou une sensation d’abandon) de « sens » aux détriments des services purement juridiques et financiers des collectivités, de leurs contraintes, voire de leurs logiciels économiques.
Si l’on veut que la co-construction échappe à une sorte de marché de dupes, il convient qu’elle s’établisse autour d’objectifs, de valeurs et de pratiques, de « sens », discutés et partagés. Elle bâtit ensuite les moyens, les contenus, les structures, les gouvernances qui permettent d’en assurer l’application, osons dire l’avènement.
En deçà de ce schéma, sommes-nous encore dans la co-construction ? Ne sommes-nous pas davantage dans la « construction participative », qui ne requiert la présence ponctuelle de partenaires « sociaux-professionnels » que pour acter des projets et des arbitrages dont la construction s’est faite en dehors d’eux et dans d’autres instances ?
De plus, quels moyens humains et techniques accorde-t-on à la co-construction ? Réunir les différents réseaux, animer et alimenter les débats et les rencontres, établir les synthèses et les préconisations, élaborer et remplir les « grilles » d’analyses, transmettre, recevoir, traiter, hiérarchiser et ventiler les contributions des acteurs culturels, des techniciens et des élus, voilà qui demande à tout le moins, une structuration technique et un minimum de personnel. Où sont, dans les collectivités, ces structures efficaces et pertinentes ? Qui sont ces moyens humains, dévolus de façon permanente et entière à l’élaboration de ces missions ?
Au regard de ces quelques constatations et surtout de ces nombreuses interrogations, les adhérents de notre association se posent la question du mode de présence d’Actes-Pro dans certaines instances de consultation (et/ou de co-construction ?) mais aussi de savoir si les projets de la culture doivent continuer à se bâtir demain sur des « logiciels » et des dogmes identiques à ceux en vigueur aujourd’hui.
En appeler à l’intelligence collective, hors des affrontements organisés ou naturels, pour affirmer et co-construire ce principe : le financement de la création participe à la création de solidarités.
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